
Plus de 35 Ans
Une librairie doit ressembler à la bibliothèque d'un ami cultivé.
The Spine & Page a ouvert en septembre 1991, dans une ancienne papeterie de la rue de Fontenay à Vincennes. Sandrine Humbert avait trente et un ans, une caisse de romans anglais achetés à Édimbourg l'été précédent, et l'idée fixe qu'une librairie de quartier devait ressembler à la bibliothèque d'un ami cultivé plutôt qu'à un supermarché du livre. Les premiers mois ont été serrés. Elle se souvient d'avoir vendu un exemplaire de Marilynne Robinson à une cliente qui cherchait un guide de jardinage, et d'avoir passé vingt minutes à lui expliquer pourquoi ce n'était pas si loin de ce qu'elle cherchait. La cliente est revenue la semaine suivante pour en prendre deux autres.

Le tournant est venu à l'automne 2003, quand une grande surface culturelle a ouvert à deux kilomètres. Beaucoup de libraires indépendants du secteur ont fermé dans les dix-huit mois qui ont suivi. Sandrine a fait le choix inverse: réduire le fonds généraliste, approfondir les rayons littérature étrangère et essais, et commencer à organiser des rencontres d'auteurs dans l'arrière-boutique. La première, avec un romancier belge dont personne ne connaissait encore le nom, a réuni onze personnes autour d'une table pliante et d'une bouteille de vin blanc. C'est resté l'esprit de ces soirées depuis.

Sandrine Humbert a grandi entre les rayons de la librairie familiale que ses parents tenaient à Auxerre dans les années 1980. Après une licence de lettres modernes à Paris III et sept ans passés comme libraire salariée chez un grand indépendant du 6e arrondissement, elle a repris The Spine & Page en 1991 avec ses propres économies et une caisse de romans anglais qu'elle avait ramenés d'un séjour à Édimbourg. Elle lit chaque matin avant d'ouvrir la boutique, un café à la main, et refuse de commander un livre qu'elle n'a pas au moins feuilleté.